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A Propos De Guermaz

  • Le cercle des amis de Guermaz
  • Abdelkader Guermaz est un peintre non figuratif de la nouvelle Ecole de Paris,l'ainé de la génération des fondateurs de l'art algérien moderne.

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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 10:52

Benamar Mediene :

Intellectuel algérien,professeur et critique d'art à Aix-en -Provence

Ancien directeur de l'Ecole des Beaux-Arts d'Alger


 

 

Cher monsieur Pierre Rey,

 
 

Votre lettre m’a beaucoup touché. Merci d’y lire votre obstination à vouloir extirper de l’ombre les beautés nées de l’esprit et de la main d’Abdelkader Guermaz et à vouloir les montrer au monde. Elle me révèle et votre qualité poétique dans son écriture et l’humanisme.

Certaines lettres, la vôtre en particulier, provoquent ce que j’appelle des effets de miroir et surprennent le lecteur d’y trouver ses propres sentiments et interrogations. On peut ne pas bien se connaître, et soudain se reconnaître dans une fraternité de signes, dans l’expression d’un sentiment singulier qui dépasse la personne et rejoint l’humain pluriel par et dans le langage parlé dans la vaste patrie des peintres où réside Guermaz.

La plus grande des injustices qu’un artiste peut subir est celle de l’oubli ou de l’évitement, comme s’il était condamné à la perpétuelle condition de soutier ou de taupe qui creuse, creuse encore sans jamais voir la lumière du jour. Mais pour la taupe l’obscurité est sa condition d’être. L’artiste, lui, se bat contre l’aveuglement des autres, les vivants. Et dans ‘’le monde de l’art’’ contemporain, le marché a vaincu le goût, laminé le désir et le plaisir de voir et dégradé l’œuvre à sa seule valeur marchande.

Il y a dans la perception des œuvres de Guermaz une étrange et paradoxale admiration : celle qui naît dans et par le regard de l’esprit qui saisit l’éclair d’éternité dans l’aléatoire ; celle qui se constitue dans une lecture picturale dictée par le cerveau, qui, lui, interprète en référence à des codes, à des modes déjà là. Dans la vision spirituelle, l’admiration est étonnement, parce que Guermaz est étonné, frappé d’une perplexité (le mot arabe el hyara utilisé par Ibn Arabi est plus fort, plus juste). Elle le fait vaciller, l’élève et le ramène à la contingence des choses qu’il doit nous dire dans le silence des formes et des couleurs. Alors notre regard accroché à la surface de l’œuvre s’insinue dans sa profondeur, la transfigure, et en lui, se révèle le sens caché.

La strophe du poème de Roger Dadoun notée dans les feuillets que vous m’avez envoyés sonne comme une pièce musicale en accord avec la gamme guermazienne.
Lisez cette cascade de paroles prononcées, il y a plus de mille ans, par El Hallaj. Abolition du temps. Concordance des rythmes dans la chair vive de l’histoire, au dessus de l’histoire.
Il me semble qu’El Hallaj et Guermaz se sont rencontrés quelque part.
 
    « C’est le recueillement, puis le silence ; puis l’aphasie et la connaissance ; puis la découverte ; puis la mise à nu.
Et c’est l’argile, puis le feu, puis la clarté et le froid ; puis l’ombre et le soleil.
Et c’est la rocaille, puis la plaine : puis le désert, et le fleuve ; puis la crue ; puis la grève.
Et c’est l’ivresse, puis le dégrisement ; puis le désir, et l’approche ; puis la jonction ; puis la joie.
Et c’est l’étreinte, puis la détente ; puis la disparition ; puis l’union ; puis la calcination.
Et c’est la transe, puis le rappel ; puis l’attraction et la conformation ; puis l’apparition ; puis l’investiture. »
Poème traduit par Louis Massignon.
Bien à vous.
Benamar Mediene.


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Publié par : Le cercle des amis de Guermaz - dans actualités
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