Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

A Propos De Guermaz

  • Le cercle des amis de Guermaz
  • Abdelkader Guermaz est un peintre non figuratif de la nouvelle Ecole de Paris,l'ainé de la génération des fondateurs de l'art algérien moderne.

Recherche

10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 06:59

Décembre 2008


Février 1976 -  En compagnie d’un ami amateur de peinture, nous arpentons les rues du quartier Saint-germain, pénétrant, au feeling dans quelques galeries, lorsque nous tombons en arrêt devant la Galerie Entremonde. Parmi les toiles exposées, celles d’un certain Guermaz m’interpellent sérieusement. L’hôte des lieux, surgi de derrière un bureau et attentif à notre intérêt, ne tarde pas à nous entraîner dans les arcanes du peintre en nous proposant de le suivre au sous-sol où l’on peut apprécier l’ensemble de son œuvre disponible. Nous pénétrons dans ce monde mystérieux, comme on pénètre dans un lieu saint.

Je n’avais jamais acquis d’œuvre peinte, faute de moyens. L’urgence s’en fit sentir, là, maintenant.  En cette période hivernale, je communiais avec les tons chauds, riches, vitaminés, auxquels je suis particulièrement sensible, mais ils s’épanouissaient sur des toiles aux formats excessifs et pour mon appartement et pour ma bourse !

Aucune de ces merveilles ne viendrait dialoguer avec moi. J’allais renoncer quand mon regard fut attiré vers un format panoramique, de plus modeste taille, mais traité dans des teintes très différentes : bleu-gris-blanc. Nous restâmes longtemps face à face, cet espace et moi jusqu’à ce que je murmure enfin « Pause avant la dernière étape » Notre guide me regarda, consterné. Sans un mot, il décrocha l’œuvre, la retourna et nous pûmes lire «  Repos avant la lettre ». Aucun doute, la communication avait eu lieu. « Elle  est réservée- me confia-t-il- Une dame qui veut décorer son salon tout blanc.

Elle a trouvé que ces teintes conviendraient très bien à l’harmonie des lieux. Elle ne mérite pas un Guermaz »
Il m’a proposé un règlement en douze  mensualités. Je suis sortie en possession de mon trésor. Dans les jours qui ont suivi, j’ai composé ce poème qu’il m’inspirait.



LE REPOS AVANT LA LETTRE

(Pour une toile de Guermaz)

 

Drôle de repos

Avant la lettre

J'ai tissé blanc

J'ai tissé lent

Sur fond fenêtre.

En signes d'eau

Tenture ivoire

Le bruit du vent

S'engouffre au noir

Ride l'étang

Un bleu déchire

Un coin de mire....

 

...Métamorphose...

 

Le linceul se meut

L'espace chavire

J'étais là, je regardais,

Je me regardais

Dans mon histoire

...Je regardais l'histoire

Avec des yeux d'ombre

Démesurés

Hors de portée

Inscrits au delà du tissé

...Le repos, avec des yeux

Déliés insoutenables

Il fallait bouger

Avant qu'ils ne crèvent la toile

Qu'ils ne se séparent

Qu'il ne soit trop tard...

 

...Le vent, l'air

Entrent et sifflent

Par le bleu, par le noir

Les surfaces vibrent

J'entre en moi

Synthèse

Métamorphose accomplie

JE SUIS

 

La lettre est morte

                                                    Février 76.



Décidée à le lui envoyer, je demandai son adresse à mon « fournisseur », lui-même peintre, m’avait-il confié.

Il me pria de déposer ce courrier à la galerie en m’assurant qu’il transmettrait.


Une semaine plus tard, je reçus une carte de Guermaz, m’exprimant toute son émotion, clôturée par sa bénédiction. Ce courrier comportait son adresse et deux  chatons en illustration : Je possédais la paire équivalente chez moi !


Trois années plus tard, une invitation à une exposition Guermaz me fit reprendre le chemin de la Galerie Entremonde, accompagnée de l’ami, amateur du peintre.


C’était, je crois, un lendemain de vernissage, mais cette fois nous n’étions pas seuls. Malgré moi, j’écoutais les commentaires flatteurs des autres visiteurs. Au fond, du côté du bureau, j’entendais une voix de femme, un peu haut perchée qui chantait, avec enthousiasme, les louanges du maître, au sujet de conférences ou initiations qu’il aurait prodiguées en Italie.


Je voyageais dans une très grande toile exposée assez près de la porte d’entrée-sortie qui remplissait de temps en temps son office.


Quand mon regard quitta la toile pour se fixer sur la porte qui s’ouvrait je vis entrer un homme de petite taille, sec, serré dans un vêtement noir, le cheveu et l’œil sombres, l’allure vive, le teint pâle et parcheminé. Nos regards se croisèrent et s’attardèrent sans équivoque : « On se connaît » m’affirma-t-il. « Sans aucun doute » m’entendis-je lui répondre. Puis il se dirigea d’un pas ferme vers le fond de la galerie d’où s’éleva un concert d’exclamations.


C’était bien Abdelkader Guermaz et nous ne nous étions jamais rencontrés auparavant.


Edith Krausse

 

 

:

Partager cet article

Repost 0
Publié par : Le cercle des amis de Guermaz - dans actualités
commenter cet article

commentaires