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A Propos De Guermaz

  • Le cercle des amis de Guermaz
  • Abdelkader Guermaz est un peintre non figuratif de la nouvelle Ecole de Paris,l'ainé de la génération des fondateurs de l'art algérien moderne.

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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 08:40
Humilité devant ses œuvres : « ça, je n’aime pas, c’est mauvais ». « Je me demande comment j’ai pu faire ça. ». On ne sait jamais quand ça s’arrête. De temps en temps, c’est raté, et on recommence à zéro. Devant les primitifs, je n’ai plus qu’un désir : être enterré vivant ; mais on est là et il faut vivre. J’ai la chance de vendre, ce qui me permet d’aller me promener si je n’ai pas envie de peindre, si ça ne vient pas. (Je ne peins pas tout le temps : je suis un  lymphatique.) Je peux aujourd’hui acheter les meilleures couleurs, alors que lorsque je ne vendais pas, j’en étais souvent réduit aux crayons de couleur, à la caricature Place St Michel, ou à la peinture dans la rue à Montmartre. Je suis très attentif à la technique des couleurs car une toile doit tenir longtemps. On doit préparer soi-même ses fonds. Je voulais devenir pianiste, mais j’avais des mains trop petites. Debussy, c’est très difficile.


Les restaurateurs ont rendu la Joconde verte. Tout le monde s’y précipite sans raison. Il y a des gens qui confondent la peinture et la décoration. (Il raconte de manière très savoureuse son aventure chez une dame qui aurait voulu, sous prétexte de lui acheter une toile, obtenir de lui des conseils de décoration.) Tout doit s’équilibrer dans un tableau, les couleurs doivent s’accorder et se mettre en valeur les uns les autres. On ne sait pas où l’on va, sinon on utilise un procédé, et ce n’est plus de la peinture. Il y a beaucoup de faux naïfs. L’amateur arrive et dit « ça me plait » ou « ça ne plait pas », et c’est son droit, mais en face, le tableau représente un long travail. Il faut faire un  effort pour se rendre disponible, laisser le tableau entrer en soi. Le tableau est une méditation. Il n’y a plus de peintres exigeants comme Rouault qui brûlait beaucoup de ses œuvres, et se relevait la nuit pour trouver une couleur. Il faut, par touches, épaisseurs successives, faire vibrer les couleurs. 
Devant les primitifs : « j’ai envie de disparaître, de m’effacer, mais je suis là, et il faut faire quelque chose. L’admiration ne doit pas paralyser. »

Apprécie Music et son économie de moyens. A parlé de la force des apôtres (les quatre évangélistes) encore aujourd’hui, parce qu’ils étaient vrais. La révolution que représentaient les paroles du Christ : « tu aimeras ton ennemi ».

Si je comprends l’ennemi, si je lui montre que je le comprends, il n’y a plus d’ennemi. Difficultés de la communication. Il faut prendre son temps. Aujourd’hui tout le monde va trop vite. De son grand tableau de mon cabinet : «  c’est le silence. »

Il faut apprécier un instant agréable avec l’idée qu’il pourrait très bien être unique, ne jamais se répéter. Il faut que la peinture soit à l’abri de l’agitation ambiante. Il faut faire le vide et le silence.

Guermaz, un autre jour :

Il n’y a pas de bonne peinture sans authenticité. Je ne peux pas refaire toujours la même chose. Il faut trouver autre chose. Il faut aller au-delà (de Nicolas de Staël et des autres).


Personne ne peut dire : « suivez-moi » parce qu’il n’y a personne à suivre. Il faut faire chacun son propre chemin pour se « brancher » sur le centre. Quand on est branché le courant passe et ça se voit. Si on est ego-centré ou excentré, on n’est pas branché sur le centre. Il ne faut pas vivre dans le passé, seul compte le présent. Le peintre en train de dessiner ou de peindre n’est pas là, contrairement aux apparences, et il reproduit pas ce que ses yeux voient. Il est ailleurs. Quelque chose passe par lui. On ne peut pas lui demander comment il fait, car il ne le sait pas. Simplement il fait, autre chose que son métier de peintre. Il n’y a plus de berger. ».

Il aime les trous qui donnent de la lumière et de la profondeur. Il aime l’économie de moyens, les silences, l’aquarelle. Il oppose l’Etre et l’Avoir. L’Etre : « je suis celui qui suis », la source sur laquelle il faut se brancher à l’intérieur. L’éternité, ce n’est pas après la mort, c’est tout de suite, c’est maintenant ; il a été influencé par les Pères blancs, leur humilité. Mais il n’aime pas qu’on s’en rapporte à un dogme.

Il refuse de faire une seule concession pour faire carrière. Il ne veut faire que ce qu’il a envie de faire. Il faut, dit-il, faire les petites choses et les grandes choses, c. à d. perdre du temps aux choses indispensables de tous les jours sans oublier les choses importantes.


« J’ai vu cela dans la méditation » m’a-t-il dit, au sujet des reliefs avec une lumière derrière, comme dans le Bosch que je lui ai montré et auquel il n’avait pas songé en travaillant. Il faut arriver à la plénitude dans la joie (car l’Etre est un pôle positif). Tout doit bouger, vivre, dans le tableau. Tout doit monter et descendre, vibrer.


auteur:Jean-Michel Laroche

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Publié par : Le cercle des amis de Guermaz - dans actualités
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